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Guerre hybride : comment l'Iran a infligé aux États-Unis une défaite cinglante

US Rep. Ilhan Omar (D-MN) (L) talks with Speaker of the House Nancy Pelosi (D-CA) during a rally with fellow Democrats before voting on H.R. 1, or the People Act, on the East Steps of the US Capitol on March 08, 2019 in Washington, DC. (AFP photo)

Robert Maillard, Paris

Humiliés en juin dernier quand ils ont été amenés à supplier Téhéran pour qu’il cesse de frapper Tel-Aviv et Haïfa et surtout d’étendre sa riposte balistique aux frappes contre Fordo et Natanz, au-delà de la plus grande base militaire US en Asie de l'Ouest à savoir al-Udeid, les États-Unis d’Amérique ont fini six mois plus tard par sortir de leur boîte à outil de guerre, un énième scénario de guerre hybride contre l’Iran.

Fin décembre-début janvier, l’Iran a fait face à une opération de déstabilisation de grande ampleur, présentée comme le prélude à une « attaque militaire étrangère ». Ce scénario de guerre hybride combinait pressions économiques, actions clandestines, guerre de l’information et infiltration de groupes terroristes armés. Selon des sources sécuritaires proches du Renseignement iranien, les États-Unis, avec l’appui « d’Israël et de services de renseignement d’une dizaine de pays » ont piloté cette stratégie en s’appuyant sur des réseaux déjà implantés dans la région.

La forte dépréciation du rial iranien au cours des dernières semaines sous l’effet d’un renforcement drastique des sanctions, a constitué l’un des leviers centraux de la stratégie hybride des États-Unis contre l’Iran. La hausse rapide du taux de change et la baisse du pouvoir d’achat visant à créer un climat de mécontentement social, susceptible de dégénérer en troubles internes. Évidemment, cette dynamique n’aura pas été possible sans une implication directe d’acteurs extérieurs, notamment à travers des mécanismes financiers et monétaires liés au dollar.

Parallèlement à la pression économique, les autorités iraniennes ont détecté « l’infiltration progressive de terroristes armés » sur le territoire national, arrivés depuis plusieurs axes à savoir le Pakistan, le Kurdistan irakien, l’Azerbaïdjan, et les Émirats arabes unis où le triangle CIA-Mossad-MI6 est bien actif.

Les groupes terroristes cités incluraient notamment PJAK, Komala, le Parti démocrate du Kurdistan iranien, ainsi que d’autres organisations terroristes dans l’Est iranien. Ces réseaux avaient été chargés de transformer des manifestations pacifiques organisées contre la vie chère en attaques terroristes d’une violence inouïe, ciblant forces de sécurité, manifestants, badauds, infrastructures publiques, lieux de culte, commissariats entre autres, la coordination opérationnelle ayant été assurée depuis des QG situés dans le voisinage de l’Iran.

Les communications entre les cellules actives en Iran et ces centres reposait sur les réseaux sociaux, des messageries chiffrées et, en cas de coupure, sur des liaisons satellitaires Starlink. Plusieurs centaines de terminaux satellitaires auraient été introduits clandestinement dans le pays au cours des mois précédents. Mais ce scénario de guerre hybride, mainte fois mis à exécution avec succès ailleurs, a-t-il surpris le Renseignement et les forces iraniens ou ces derniers attendaient-ils l’ennemi au tournant pour lui asséner une leçon mémorable ?

Dans la nuit de 8 à 9 janvier, presque simultanément à l’entrée en action des centaines de terroristes chargés de décapiter, lyncher, brûler vif des forces de sécurité ou éliminer à coup d’arme de précision hommes, femmes, enfants présents aux manifestations (le bilan définitif rendu public par l’Organisation de médecine légale a fait état de 3117 morts dont 2427 identifiés comme des civils et des membres des forces chargées de la sécurité mais non combattants, le reste étant des terroristes), les autorités iraniennes ont pris la décision de couper simultanément Internet, la téléphonie mobile et les services de messagerie, une mesure rare mais déterminante. Cette coupure a provoqué un effondrement immédiat des capacités de coordination des terroristes, les isolant à la fois entre eux et de leurs centres de commandement à l’étranger. Mais les ennemis de l’Iran n’en ont pas été à leur première surprise.

Sous les yeux ahuris des services secrets occidentaux, l’Iran a réussi non seulement à neutraliser une large partie des communications satellitaires, rendant inopérants de nombreux terminaux Starlink sur une grande partie de son territoire mais encore à tourner ces terminaux en une méga «  trappe à traçage » contre les éléments terroristes ! Les médias militaires israéliens ont fait état de la mise en œuvre d’un « scénario sécuritaire minutieusement planifié » par l’Iran, dans lequel « Starlink a été transformé d’un simple outil de communication en un piège de renseignement ».

Selon ces sources, « dans une première phase », l’Internet national en Iran a été « délibérément coupé », tandis que l’accès à « Starlink est resté temporairement actif », afin d’être utilisé comme « outil de traçage ». Les utilisateurs de ce réseau auraient ensuite été « surveillés, identifiés », puis des « mesures appropriées » auraient été prises à leur encontre.

« Dans la phase finale », après l’achèvement du processus d’identification et de contrôle, « l’accès à Starlink a été entièrement interrompu ». Cette action est décrite par les médias militaires israéliens comme « une opération de renseignement de haute précision », ayant eu des « répercussions directes sur les intérêts d’Elon Musk », ainsi que sur les « infrastructures de communication utilisées par Israël ».

Consécutivement à l’interruption de la communication par internet, les forces de sécurité iraniennes ont procédé, en moins de 72 heures, au démantèlement de dizaines de cellules armées dans plusieurs provinces. 

À l’issue de la première semaine d’opérations, plus de 200 maisons d’équipe auraient été identifiées et neutralisées et selon l’annonce du Renseignement iranien, les opérations se poursuivent. Les premières arrestations ont porté leur lot d’informations.

Certaines attaques terroristes, dont celle contre un commissariat dans l’est de Téhéran, ont été menées par des éléments étrangers, notamment syriens, affiliés à PJAK et autres séparatistes kurdes dont la réunion, juste après leur échec, se serait transformée, selon les médias kurdes, en « un foire d’empoigne où tout le monde s’accusait mutuellement du méga fiasco subi ».

Au fait, c’est au terme de cette nouvelle campagne anti-iranienne qui a fini en queue de poisson que le président américain a mis de l’eau dans son vin, « remerciant les responsables iraniens », laissant entendre avoir renoncé « à soutenir militairement les manifestants iraniens ».

Mais pourquoi ce scénario hybride, particulièrement bien préparé et qui aurait coûté des milliards de dollars à ses scénaristes, a tourné aussi rapidement au vinaigre ? Ce nouveau camouflet, encore plus cuisant en termes d’impacts géopolitiques que celui du mois de juin, serait survenu pour plusieurs raison : selon des sources sécuritaires, le plan initial aurait été conçu pour être activé plus tard dans l’année. Cependant, le déclenchement prématuré des troubles aurait facilité la détection des réseaux, dont certains manquaient encore d’ancrage local et de connaissance du terrain.

Cependant, la principale cause de cet échec, cause qui comme en juin dernier, a faussé les calculs des stratèges américano-sionistes, demeure l’absence totale du soutien populaire au terrorisme que les Américains ont crée puis retourné contre la population à l’effet de pousser les Iraniens à s’entre-tuer et à offrir le prétexte nécessaire à une intervention militaire à la libyenne ou à la syrienne.

Le 12 janvier, à peine 48 heures après la campagne terroriste pilotée contre la « sécurité » et « l’intégrité territoriale » iraniennes, des millions d’Iraniens sont descendus dans les rues pour battre le pavé à travers le pays afin de dénoncer les ingérences américaines et afficher leur soutien indéfectible aux forces armées et de sécurité du pays. Les autorités iraniennes affirment que la situation sécuritaire est désormais sous contrôle, tout en maintenant un niveau d’alerte élevé, dans un contexte régional marqué par une nouvelle déconfiture de la Maison Blanche face à l’Iran, une deuxième en six mois. Une déconfiture qui laisse dans l'impasse les services secrets US-Israël-OTAN.

Robert Maillard est un écrivain et analyste militaire basé à Paris.

(Les opinions exprimées dans cet article ne reflètent pas nécessairement celles de Press TV.)

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SOURCE: FRENCH PRESS TV